Menneville, depuis 7000 ans sur les bords de l’Aisne.

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L’église St Laurent

Vitrail de St Laurent - Eglise actuelle de Menneville Le 10 Août est traditionnellement célébrée la St Laurent...

Saint Laurent, Laurentius, est l’un des plus célèbres martyrs de l’Église. Il subit le supplice du feu et expira le 10 août 258 (1). La précieuse relique, reçue par l’évêque Anselme de Mauny, mort en 1258 fut à l’origine d’un pèlerinage très fréquenté. A partir de ce moment, le culte de Saint Laurent connut un regain de vitalité dans le diocèse de Laon (2). L’église de Menneville fait partie de celles qui ont justement pour patron St Laurent.

En 1071, son autel fut donné par l’évêque Elinand à l’abbaye de Saint-Hubert en Ardennes (qui possédait également le prieuré d’Evergnicourt et une dizaine d’églises dans le voisinage) ce qui lui permet de prétendre à une origine ancienne...

L’antique église St Laurent de Menneville date, selon les recherches menées par Laurent Labrusse, ancien maire, du XIème ou XIIème siècle. Elle a été bâtie sous l’impulsion de l’archevêché de Reims, ou du Prieuré d’Evergnicourt, sur l’emplacement d’un bâtiment plus simple construit au VIème ou VIIème siècle, situé peut-être lui-même sur une ancienne crypte païenne.

Des fouilles entreprises en 1930 dans le cimetière à proximité de l’emplacement où elle se situait, ont permis de mettre à jour plusieurs sarcophages qui ont donné à Laurent Labrusse la conviction que l’emplacement du cimetière se trouvait sur une nécropole mixte car utilisée par les Gaulois, les Romains et les Mérovingiens.

L’ancien curé de Menneville Cyrus Huon, décédé le 13 mars 1689, aurait été enseveli dans le choeur devant le maître-autel. Un ou deux chevaliers des XIIème-XIIIème siècle auraient été également enterrés dans le choeur ou dans les petites chapelles latérales. Il y avait en outre, une tombe (d’un autre ancien curé de Menneville) sous l’ancien porche ou immédiatement à proximité.

Dans les années suivant la Révolution Française, l’église de Menneville comme toutes celles de la région, subit à plusieurs reprises les foudres des révolutionnaires… En 1791, un premier décret impose de descendre les cloches des clochers pour battre monnaie. L’Administration de l’Aisne traine alors les pieds jusqu’à la fin d’Août 1793, où des instructions plus précises donnent 3 jours aux communes du District de Laon pour descendre, briser les cloches et envoyer les morceaux à la fonte à canon. Une seule cloche sera gardée par commune pour sonner le tocsin.

Vient ensuite le tour des clochers, jugés trop hauts, et considérés comme un « défit à l’Egalité ». Celui du Grand-Juvincourt fût le premier vendu et abattu le 12 ventôse An II (2/3/1794), Prouvais connût le même sort le 26 ventôse An II (16/3/1794). Tous les clochers du secteur, y compris celui de Menneville disparurent ainsi….
Les églises sans clocher ni cloche n’avaient plus besoin des accessoires nécessaires au culte. A Menneville des agitateurs étrangers au village brûlent dans l’église ou sur la place publique les statues anciennes, détruisent ou vendent partie du mobilier...
Quelques objets purent cependant être sauvées par l’ex-curé Bouché, qui avait pourtant juré fidélité au Roi en 1789. Ainsi il aurait caché une statuette de la Vierge, en argent, dans les murs de son presbytère sans que celle-ci ne fût jamais retrouvée (Propos d’Eugène Delarbre ancien instituteur et ancien maire de Menneville).
Parmi les objets enlevés de l’église St Laurent et envoyés à Paris à la Monnaie le 6 ventôse An III (24/2/1795), on retrouvait ainsi calices et patènes, un ciboire, un soleil ou ostensoir, une custode et de 2 vases aux huiles (3).

Eglise de Menneville en 1850Au début du XIXème siècle, l’église était un peu restaurée et les statues remplacées...
Vers 1823, on plaça dans la chapelle de St Laurent de chaque côté de l’ogive vitrée, à droite de l’autel du St Patron deux inscriptions qui avaient d’abord été appliquées aux piliers de la nef.
La première non datée et la seconde de 1823, peintes en lettres blanches sur fond rouge et sur deux plaques en bois, cintrées du haut, dans le goût du XVIIIème siècle, mesurant chacune 0m80 de hauteur sur 0m60 de largeur, avec un encadrement faisant saillie.
Une troisième se lit en capitales sur une plaque de marbre noires, cintrée du haut et fixée au premier pilier de la nef au sud, mesurant 1m10 de hauteur sur 0m55 de largeur.
Cliquez sur ce lien pour visualiser une représentation de ces trois plaques ...

Une autre curiosité de l’église est la boiserie du fond du sanctuaire, offrant au-dessus des portes latérales, de chaque côté de l’autel, avec les noms de BOVA du côté de l’Epître et DODA du côté de l’Evangile, deux peintures du XVIIème ou du XVIIIème siècle ; ces deux toiles représentes les deux saintes jadis honorées en l’abbaye de Saint-Pierre-les-Dames de Reims, sainte Bove en costume d’abbesse avec une robe noire fleurdelisée, tenant la crosse, les bras croisés à mi-corps, et sainte Dode, également en costume bénédictin, portant à la main une palme verte. Des reliquaires surmontent ces tableaux dont nous ignorons la provenance. (4)

Eglise de Menneville avant 1914
Vers 1855, la toiture de l’église dût être refaite suite à un incendie, et on supprima le clocher, situé à l’intersection des transepts et de la nef ; on décida de reconstruire un clocher plus élevé au dessus de la porte d’entrée, à l’extrémité de la nef ; très gracieux, en harmonie avec l’église il fut terminé en 1860 et le maire, dit-on, alla lui-même y poser le coq.

En 1872 ou 73, après le départ des troupes saxonnes, l’antique église fût restaurée et embellie ; on remplaça le plancher haut qui masquait les poutres de la toiture par des plafonds cintrés formant voûtes.
Eglise de Menneville vers 1880
Vers 1880, on décora les chapelles latérales d’un enduit de plâtre peint en vieux rose (peut-être rouge primitivement) agrémenté de motifs doré reproduits en quinconce ; pour la chapelle du St Patron : St Laurent. Le premier motif représentait les initiales du Saint entrelacées dans un carré aux angles brisés ; l’autre une sorte de fleur de lys modernisée (5).

Vers 1892, on construisit en belles pierres un portail de même style que l’ensemble de l’église (XIIème et XIIIème siècles) devant l’entrée principale de celle-ci « heureuse et louable restitution de l’ancien usage » (6)
Eglise de Menneville au XXème siècle
En 1914, quelques mois après que les Allemands se soient installés au village, tous les hommes de Menneville, y compris le vieux curé Aubert, furent enfermés dans l’église pendant près de 3 mois en signe de représailles au pillage d’un cadavre de soldat allemand par un habitant du village et un homme de passage dans la commune. Cet incident avait bien failli coûter la vie au maire de l’époque, Charles Delarbre, rendu responsable...

Vers 1917, les Allemands démontèrent le clocher de l’église pour éviter que celui-ci ne serve de point de mire à l’artillerie française, et les rendent ainsi plus vulnérables ...

En 1918, avant de quitter rapidement le village, les Allemands firent sauter à coups de mines tout ce qui restait encore debout dans le village, réduisant du même coup à l’état de ruines l’antique église de Menneville…
Eglise de Menneville fin 1918
Le 17 février 1922, à la majorité de 8 voix pour et de 2 contre, le conseil municipal de Menneville vote la démolition complète de l’église en ruines. Pendant dix années, les offices religieux seront célébrés dans un baraquement provisoire. Elle sera remplacée par l’église actuelle inaugurée en 1932.

Gilles Schmit - Août 2015
Remerciements à la famille Labrusse.

(1) " Etat religieux ancien et moderne des pays qui forment aujourd’hui le diocèse de Soissons" écrit par M. l’abbé LEDOUBLE en 1880

(2) Jackie LUSSE, Naissance d’une cité : Laon et le Laonnois du Vème au Xème siècle

(3) et (5) Extraits de "Notes sur les année du Doyenné de Neufchâtel sur Aisne 1789-1812 et le Séminaire de Menneville" par Laurent Labrusse en 1931.

(4) et (6) Extraits de " A travers le Pays Laonnois " de Henri Jadart (1906)

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