Menneville, depuis 7000 ans sur les bords de l’Aisne.

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Le Petit Séminaire de Menneville

Le 17 avril 1789, Louis XVI convoque à Versailles les Etats Généraux qui donnent naissance à l’Assemblée Nationale Constituante. Sous la pression du Tiers-Etat et d’une partie du Clergé, l’annulation de la plupart des droits féodaux est décidée (nuit du 4 août 1789) en attendant leur suppression totale en 1793.

Ces mesures contestées sur le tard par le Clergé, amène l’Assemblée Constituante à obliger les prêtres à jurer fidélité à la Constitution Civile, ou à s’exiler à l’étranger en cas de refus (1792) avec menace de mort en cas de retour. Le 9 thermidor (28 juillet 1794) Robespierre, St Juste et Simon, bourreau de Louis XV sont exécutés par les révolutionnaires, ce qui entraine peu à peu une certaine détente.

Dès 1795, le village supporte avec peine « le curé jureur constitutionnel » Bouché … Il se retirera peu après à Neufchâtel.
Certains prêtres déportés font part de leur souhait de rentrer en France. En Jean Charles Labrusse2 vain. L’un d’eux, Jean-Charles Labrusse, parvient néanmoins à s’échapper et à regagner secrètement le diocèse de Soissons et son village natal. Il rejoint les missionnaires restés sur place qui s’affairent à préparer les âmes à des jours meilleurs.
Ardemment recherchés, ils vivent sans cesse au milieu des dangers et cherchent des refuges sûrs, comme la ferme de Menneville, où ils peuvent se reposer et se regrouper.

A l’époque les voies de communication sont rudimentaires ; la route de Soissons à Rethel n’existe pas, et Menneville n’est relié que par de petits chemins aux grandes routes éloignées de plusieurs kilomètres.
A la fin de l’automne 1796, Jean-Charles Labrusse retrouve l’abbé Jean-Baptiste Billaudel qui avait eu l’idée de fonder dans le diocèse un séminaire où il comptait rassembler les jeunes gens se destinant, malgré les évènements, à la prêtrise.
Deux de ses sœurs veillaient elles-mêmes aux soins matériels de la Communauté tandis que lui, Supérieur, assisté de J.B Billaudel puis du frère de celui-ci assuraient l’éducation intellectuelle, morale, et religieuse.
Le séminaire de Menneville était fondé, et installé dans un immeuble situé environ au centre du village en venant de Neufchâtel, à droite de ce qui était alors la « Grande rue », presque face au petit chemin du « Gué d’Aubigny ».

Ce « petit séminaire » fut véritablement le berceau de nos séminaires diocésains.Il s’étend en longueur dans la direction Sud-Nord sur une centaine de mètres allant de la rue aux champs, enserré entre 2 corps de fermes.
Ferme refuge de MennevilleLes bâtiments faits en partie de carreaux de terre étaient de la plus grande simplicité ; les pièces servaient à plusieurs fins et les élèves étaient entassés dans les chambres et le grenier ; la plus grande frugalité présidait aux repas pris dans la grange voisine et on ne buvait que de l’eau.
La bienveillance du fondateur était légendaire ; il était toujours très occupé et quand on voulait lui parler, on allait le trouver dans sa chambre ; quand il entendait sonner ou frapper à sa porte il répondait toujours « entrez ! » et, continuant son travail il attendait que le visiteur vint près de lui.
Un jour, ses élèves dont la gaieté égalait l’ardeur au travail font monter l’escalier au baudet qui faisait les menus transports de la collectivité ; ils le placent dans le vestibule du premier étage devant la porte de la chambre de J-C. Labrusse et attachent une carotte au cordon de la sonnette ; le bourricot, ravi de l’aubaine, grignote la friandise sans se préoccuper du tintement qu’il provoque et sans comprendre l’injonction « entrez » sans cesse répétée ; impatienté, le directeur se décide à venir ouvrir ; quelle ne fut pas sa stupéfaction en apercevant le visiteur involontaire ! Il fut le premier à rire de cette farce qui le distrayait quelques instants de son rude labeur.

Ce séminaire dit Th. Poindron, comparé à d’autres établissement avait sans doute moins d’éclat extérieur, mais il forma des prêtres d’élite tels que J.B Chrétien et Charles Florimond Tavernier ; ceux qui en sortaient se faisaient remarquer par l’amour d’une vie frugale et laborieuse, une volonté forte et énergique pour le bien, un mépris sincère pour les honneurs.

Tout au début de 1797, on compte une dizaine d’élèves qui logent dans l’Ermitage ; leur nombre s’accroît peu à peu entrainant l’occupation de la maison principale ; le séminaire empiète même sur la ferme Labrusse, à laquelle elle emprunte une grange pour y établir le réfectoire, et un bâtiment, propriété de Mr et Mme Lallement pour compléter le logement.
De 1797 à 1800, le séminaire ne peut se développer que très prudemment compte tenu des recherches menées à l’encontre de certains ecclésiastiques.
La signature du Concordat le 15 juillet 1801, et la loi du 8 avril 1802 ramènent officiellement la paix religieuse.
Le 26 Avril 1802 (6 Floréal An X) l’amnistie pleine et entière est accordée aux prêtres émigrés sous certaines conditions. Le Directeur du « Petit Séminaire » ayant été rayé le 4 décembre 1801 de la liste des prêtres déportés, peut à nouveau officier librement.

Dès lors le Séminaire prend un rapide essor. En 1808 le fondateur, devenu curé de Menneville et de Variscourt décédait prématurément à la suite de ses souffrances et de son rude labeur ; le petit séminaire fut alors dirigé par les deux frères Billaudel .
On envoie à Menneville « des charretées d’élèves et d’effets » venant de tous côtés, de chez leurs parents ou des pensionnats de Laon, St Quentin ou de Lande voisin. Le nombre des étudiants s’élève à 50, puis 60 élèves, et on y Cours Seminairecompte toutes les classes des humanités, la philosophie incluse, deux directeurs et neufs adjoints.

Mais ce provisoire ne pouvait se prolonger trop… Pour soutenir le séminaire on avait beau attribuer petit à petit aux deux frères, tout puissants d’ailleurs dans le diocèse, toutes les cures des environs : Guignicourt, Variscourt, Condé, Aguilcourt, Pignicourt, la charge était lourde pour la famille bienfaitrice qui par ailleurs se multipliait.
J.B Billaudel s’en rendait compte et il l’écrivait à l’évêché en 1810 à l’occasion de nouveaux frais à faire. Il faut obtenir de la famille hospitalière de nouveaux bâtiments. L’école ecclésiastique de Menneville continue de croitre pour atteindre à un moment le nombre de 80 élèves, rendant ainsi ses bâtiments trop étroits.

Menneville est toujours d’un accès difficile, et cette particularité qui l’avait rendu précieux en 1796 devenait, maintenant que le calme était revenu, une gêne pour les professeurs comme pour les élèves.
Le 29 avril 1811, Monseigneur Le Blanc de Beaulieu, trésorier du diocèse peut, grâce à des dons, acheter à Liesse pour 12000 francs un grand bâtiment dit « la retraite de la Trésorerie » pour y transférer « la communauté » et « l’établissement provisoire de Menneville ».

En Août, le Séminaire de Menneville ferme ses portes après avoir été pendant un peu plus de 14 ans le premier séminaire du diocèse de Soissons, Laon et St Quentin.

Gilles Schmit - Juillet 2015.
(Informations tirées de l’ouvrage de L. Labrusse : Notes sur les dernières années du Doyenné de Neufchâtel sur Aisne 1789-1812 et le Séminaire de Menneville.)

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